New York 2095.
Une pyramide flottante au-dessus de Manhattan...
Une population de mutants, d'extraterrestres, d'humains, réels
ou synthétiques...
Une campagne électorale.
Un serial killer boulimique qui cherche un corps sain et un dieu
à tête de faucon qui n'a que sept jours pour préserver
son immortalité.
Un pénitencier géostationnaire qui perd un dissident
subversif congelé depuis trente ans et une jeune femme
sans origine connue, aux cheveux et aux larmes bleus...
Trois noms : Horus, Nikopol, Jill...
Trois êtres aux destins convergeants où tout est
truqué: les voix, les corps, les souvenirs.
Tout, sauf l'amour qui surgit comme une délivrance.
NOTEZ LE FILM:
Le projet de Immortel (ad vitam) s'est développé
sous le tire de La femme piège, du nom du deuxième
album de la trilogie Nikopol. Le titre Immortel (ad vitam), qui
englobe l'ensemble de la trilogie et fait référence
au personnage divin de Horus a finalement été retenu.
En raison de l'ampleur du projet, Enki Bilal et Serge Lehman ont
dû simplifier une partie de l'intrigue politique présente
dans les bandes dessinées : "On a donc surtout planté
un décor de dictature médico-eugénique dans
un contexte éléctoral classique (nous avons déjà
un pied dans ce monde), pour rompre avec les enjeux purement idéologiques
du vingtième siècle, et de la bande dessinnée
elle-même, qui date des années quatre-vingt",
explique le réalisateur.
Baudelaire
Né à Belgrade, Enki Bilal a appris le français
à l'âge de six ans et découvert Baudelaire
adolescent. En hommage au poète, les vers de Une Charogne
et du Poison, deux poèmes des Fleurs du mal ouvrent et
concluent Immortel.
Des êtres mortels...
Enki Bilal tenait à ne pas engager de stars pour les rôles
de Jill et Nikopol. Il a rencontré Linda Hardy assez rapidement
: alors qu'il organisait un casting pour réaliser un premier
teaser susceptible de convaincre les investisseurs, elle s'est
présentée, les cheveux teints en bleu - tout comme
Jill. La ressemblance était frappante et les motivations
de l'ancienne Miss France, pour s'engager dans ce film, étaient
réelles. Quant à Thomas Kretschmann, Patrice Chéreau
l'a présenté à Charles Gassot, le producteur
du film, alors que le comédien venait de terminer le tournage
du Pianiste.
Modéliser
Le corps des acteurs a été retravaillé par
des effets spéciaux, pour rendre plausible leur caractère
de mutants. Travail difficile pour le réalisateur Enki
Bilal qui témoigne : "affronter le problème
quasi-éthique de substituer visages, corps, chair de comédiens
réels par de la texture synthétique, de nier leur
apparence, de faire à l'insu de leur plein gré de
la manipulation d'images génétiques." Le tournage
de Immortel s'est déroulé en plusieurs fois, et
le travail infographique a été lancé dès
le début. Un premier tournage "traditionnel"
a duré cinq semaines, en studio, suivi par un second tournage
de sept semaines, durant lesquelles les comédiens jouaient
sur fond vert, dans la plus grand abstraction. Pendant encore
trois semaines, des acteurs en collants ont évolué
devant une dizaine de caméra à infra-rouge, pour
capter tous leurs mouvements.
Avec Immortel, Bilal signe une oeuvre
personnelle qui répand sa propre substance et suit un développement
quasi-organique. Faisant de la bigarrure un principe de méthode
élevé au rang d'opération stylistique, le
cinéaste oeuvre sur un secteur artistique qui ne laissera
personne indifférent mais qui pourrait bien laisser certains
spectateurs sur le carreau, face à cette débauche
d'éléments disparates s'emboitant les uns dans les
autres: personnages de synthèse mi-humain mi-bionique mi-synthétique,
Dieu et Demi-Dieux, personnages de chair et d'os, cadavre qui
explosent, taxi volants etc... Ses univers sont froids et en aplat,
et le virtuel envahit le réel, comme un motif de sabotage.
Immortel, s'il demeure un mystère pour le public
prophane, s'incarne aussi comme la lutte de la création,
qui devrait sans cesse évoluer en terrain fertile. Entre
l'artiste et le producteur, l'entente a cette fois ci été
cordiale. Immortel n'est pas un film de commande anonyme
ou raté, mais bel et bien la projection cinématographique
et externe de l'univers tourmenté et bigarré de
son créateur. Les défauts sont tout de même
légion, mais comment ne pas se pamer devant ces plans esthétiquement
composés et plastiquement parfaits?
Vidéo : Que vaut l'image de ce DVD ?
 |
Une édition DVD à la hauteur qui
sait restituer la richesse des textures et la bigarrure de l'univers
de bilal. Le filma été tourné en numérique,
d'où cet aspect si particulier qui a tendance à
lisser les images, que le support DVD reproduit presque à
la perfection. les tons froids du film y trouvent ainsi un superbe
écrin (les cheveux de Linda Hardy) et la profondeur de
champs a de quoi donner quelques solides vertiges lors des panoramiques
sur la cité New Yorkaise en 2095, aux textures et aux apparences
nettement plus profondes et rauques que celles très urbaines
aussi proposées par Star Wars Episode II. La définition
sur certains plans est tout bonnement exquise et permet une mise
en avant très franche des détails (la glace sur
le visage de Nikopol) et réhausse en permanence la finesse
de l'image, presque toujours acérée. La photographie
très particulière du film due à un contexte
de production des plus complexes (décors réels,
maquettes, fond bleu et vert...) est, nous semble-t-il, reproduite
à la perfection, du moins de manière optimale, les
éléments source et le produit final partageant une
nature numérique commune. Il faudra donc se faire à
ces lumières elles aussi synthétiques issues majoritairement
de la puissance de calcul d'un ordinateur. L'étalonnage
des couleurs est dantesque de précision, tout comme la
compression, qui se rend invisible, et la propreté du master.
Les noirs ne sont en revanche pas des plus parfaits (générique)
et la dynamique vidéo déçoit tout de même
un peu pour une oeuvre entièrement bâtie à
partir d'éléments numériques. A ce titre,
le tout début du film ne donne pas la pleine mesure de
qui vient par la suite. Quelques zones du film patissent d'un
grain assez évident, mais insuffisant pour mettre à
mal la fluidité et la finesse de l'ensemble. Les effets
spéciaux, conçus par Duran Duboi, à partir
du logiciel Maya, sont évidemmet intégrés
avec un soin extrême et impressionnent par leur patine visuelle.
A noter que sur les 1300 plans que comporte immortel, 83 minutes
sur 96 ont été truquées! (en
savoir plus).
Audio : Analyse des pistes sons du disque
L'approche sonore de Immortel, mixé par
Gérard Lamps, n'a pas manqué de susciter chez nous
quelques réactions mitigées... D'une part, on notera
que l'intégralité de la scène sonore n'est
que peu souvent sollicitée, et que la cohérence
entre la façade avant et celle arrière, complétée
par un mixage en ES Matrix, n'est pas des plus optimum, l'une
étant très nettement favorisée au détriment
de l'autre. Lorsque toutes les composantes entrent en scène,
l'auditeur ne ressentira jamais vraiment l'esthétique d'un
sentiment sonore supérieur, Immortel se rattachant
en permanence à une structure sonore conventionnelle dans
son approche et dans ses exécutions. Et pour une oeuvre
très marquée au niveau du genre, dont l'univers
référentiel n'hésite pas à emprunter
à Blade Runner, Star Wars Ep. II et quelques
nombreux autres, il nous est possible d'affirmer que le spectateur
restera sur sa faim...
Les dialogues sont en revanche clairs et nets,
intelligibles en permanence (sur la VO comme sur la VF, mais sur
cette dernière, les voix sont légèrement
affaiblies et couvertes d'un voile sonore immanquable). Il s'agit
là d'une approche frontale et humaine, Bilal présentant
son film comme une oeuvre intime au cœur de laquelle les
dialogues occupent une place de choix. Mais le reste de la mise
en scène sonore ne suggère finalement que peu d'émotion
et se révèle même légèrement
aseptisé, en dépit d'un pouvoir de recouvrement
acoustique relativement élaboré. Attention: n'interprétez
nullement nos propos comme une sanction ou une évaluation
négative du travail de Gérard Lamps. Nous restons
cependant assez circonspect à l'écoute de cette
scène sonore certes holographique mais qui ne propose que
peu d'aspérités et ne semble pas reposer sur une
mise en espace continuelle en phase avec les élans artistico-lyriques
de Bilal. L'étoffe sonore ne se mue pas vraiment en tissu
acoustique, au point qu'au cœur du film, le spectateur ne
trouve jamais vraiment de matière à explorer davantage
l'univers du créateur. La matière et les nappes
sonores semblent ne pas trouver d'énergie à leur
déploiement, manquant par la même de cette élongation,
de cette profondeur ambiophonique des textures qui sont à
l'aune même des grandes bande-sons. La scène arrière
demeure une sensation et ne déploie que peu d'effets à
proprement parler, ni même ne creuse une tessiture spécifique.
Mais concentrons-nous sur le projet de mise en
scène sonore. Celui-ci élève l'univers davantage
qu'il ne l'étire, les masses sonores étant là
pour occuper le vide laissé entre les buildings de New
York City en 2095, ainsi qu'entre les individus, d'où ce
poids relatif du son que l'on ressent sur le caisson de basses.
Certains bruitages diégétiques (nécessaires
au bon fonctionnement et à la vie de la fiction, directement
adressés au spectateur) tiennent de la création
pure, digne des films d'animation, tandis que d'autres ont été
modelés avec soin pour coller au caractère anticipatoire
du film de Bilal, notamment les moteurs des véhicules,
les sons nets et massifs de portes se refermant, de même
que ceux des lignes électriques sur lesquelles évoluent
les taxis. Lamps ayant opté pour une précision diégétique
et scénique avant tout, l'essentiel des bruitages et des
créations se répartissent sur la façade avant,
qui conserve une qualité d'ampleur, de dynamique et d'impact
plutôt intéressantes, très bien exploités
lors des trois explosions, où le souffle et l'ampleur soudains
sont très efficacement dosés en son numérique.
Autre point fort immanquable, la clarté et l'éclat
de la bande-son permettent aux divers et riches composants sonores
de s'épanouir avec une belle dose de vérité
tout en conservant dynamique et force brute par moments. Seuls
les effets arrières, très peu sollicités,
ne bénéficient pas d'un degré de finition
identique à l'activité de la façade. Ils
ne relèguent et hébergent que l'écho sonore
prosaïque de la ville, déployé non sans efficacité
par moments, mais ne suscitent guère l'ampleur et l'étagement.
les tons sont justes et pleins et le son conserve de belles valeurs
en terme de dynamique. L'ensemble a tout de même fière
allure, certains sons (pour les personnages de synthèse)
ayant du être créés de toute pièce,
les designers partant de 0 lors de l'élaboration, selon
la technique empruntée aux films d'animation. Les quelques
crashs d'engin ont tous du poids et s'élèvent ponctuellement
pour être représentés avec soin par la bande-son,
qui se pare dès lors d'une très belle et claire
dynamique et d'une réponse en fréquence ad hoc.
Seule la répartition des éléments sonores
semble manquer de clarté, d'ampleur, de foisonnement et,
quelque part, d'opulence. L'affluence acoustique aurait pu être
l'ultime signature de l'univers de Bilal au cinéma, mais
il n'en sera rien. La bande-son semble oeuvrer davantage sur l'intimisme
des situations, dépeintes avec minutie, que sur l'ampleur
et l'expansion à tout va, ce qui au final n'est pas une
tare... A une pléthore acoustique qui tirerait l'univers
de Bilal vers des contrées peut-être déstabilisantes
et extrêmes pour un film que l'auteur qualifie d'intimiste,
la bande-son substitue une ponctualité et une présence
sonore finalement familières, loin des canons Hollywoodiens
(et il s'agit d'un film Européen!). Là où
l'on aurait fort bien pu s'attendre à un design sonore
proche de celui, presque apocalyptique de Dark City,
Bilal et son équipe ont insisté sur une étoffe
à la dimension plus humaine et pourquoi pas moins caricaturale
d'un point de vue acoustique.
Mais ne boudons pas notre plaisir tout de même!
Les séquences où toute la scène sonore s'illustre
avec vigeur et harmonie sont assez fréquentes, et mettent
en valeur la qualité de la bande-son, tout comme sa propension
à rayonner de manière large et définie, avec
un net surcroît en DTS ES, où le spectateur gagne
en stabilité et relief de la scène arrière,
avec notamment un rehaussement de la stature de la bande-son,
tout en finesse et avec tact.
Suppléments : Que trouverez-vous sur la galette ?
Un disque entier est dévolu aux suppléments,
outre le très bon commentaire audio placé lui sur
le disque un contenant le film et les liens internet. Et sur cette
seconde galette, plutôt correctement chargée, vous
trouverez:
. Avant-premières
. Rencontre avec le public (20mn52) :
. Enki Bilal face à son atelier (avec ou sans commentaire
audio du réalisateur – 8mn30)
. Discussion avec Serge Lehman (39mn39) :
. La musique du film
. Making of ‘’Immortel Ad Vitam’’ (36mn05):
. Making of technique (30mn29) :
DTS vs. Dolby Digital |
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NOTEZ LA PISTE DTS:
Si comme nous l'avons vu la bande-son ne déploie
pas d'originalité particulière, du moins ne s'illustre
pas plus que de raison, les différences entre les codages
so, eux, alternent entre évidence manifeste et décalage
zéro. Au crédit de la piste DTS VO (sous-titrée),
on portera les valeurs suivantes: une profondeur des graves légèrement
accentuée, un 'tapissement' des ambiances et des
panoramas sonores davantage nourris et texturés, ainsi
qu'une dynamique un tantinet plus accentuée. Nous parlerons
de sons 'accentués' plutôt que 'marqués',
tant les différences avec le format Dolby Digital se révèlent
faibles. L'harmonie de la scène sonore surround est fréquement
mise à contribution, et ce sera lors de ces passages clé
que le format DTS se montrera un compagnon d'aventure non négligeable:
son pouvoir de rayonnement et son surcroît de définition,
notamment sur les dialogues, sont tout à fait repérables
et mettent en valeur une qualité innée, mais toutefois
de manière très légère... La clarté
de la bande-son est dispatchée sur les six voies
de l'installation de manière fluide et équilibrée,
sans pour autant, comme nous l'avons noté plus haut, remuer
ciel et terre sur la scène arrière. Les écoutes
en DTS (VO) sont neutres d'un point de vue tonal, même si
le format permet de faire remonter une grosse dynamique et une
réponse en fréquence plus fluide, légèrement
moins schématique qu'en Dolby Digital. La spatialisation
ne mise pas pour autant sur le naturel des ambiances, mais permet
de propulser les sphères sonores un peu plus haut en remplissant
très correctement l'espace d'écoute. La scène
arrière, plutôt discrète dans les deux codages,
se voit rehaussée en DTS où elle gagne légèrement
en 'brillance' et en clarté, de même qu'elle se creuse
avec davantage de profondeur acoustique. Cette sensation de profondeur
que l'on attendait plus patente n'est jamais vraiment prise à
défaut sur la piste DTS, mais les différences entre
les codages se révèlent assez neutres, finalement.
Les versions Françaises éteignent un peu la voie
centrale, qui semble légèrement voilée, et
accusent une dynamique un peu amoindrie, en plus des légers
problèmes de post-synchronisation dus au doublage, pourtant
de qualité. En un mot comme en cent, ce sera vers la VO
que vous vous tournerez pour profiter au maximum du potentiel
sonore de Immortel.
Notes du Disque
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